Art naturel ou artefact
Art naturel ou artefact
La photographie comme medium de la connivence
Marie-Claude White
La modestie n’étant pas mon moindre défaut, je dirai pour commencer cette petite présentation de mes photographies, que je ne suis spécialiste de rien du tout. Même pas, et peut-être surtout pas, de photographie, je veux dire de la théorie photographique. Cela vaut peut-être mieux ainsi. On connaît l’histoire du mille-pattes, qui marchait très bien jusqu’au jour où il s’est demandé par quelle patte il fallait commencer. Ce que je présente aujourd’hui, ce n’est donc pas un exposé savant sur la photographie ou sur l’art. Je vais seulement m’efforcer d’ouvrir quelques pistes, qui, je l’espère, contribueront à la réflexion menée depuis un certain temps par quelques-uns d’entre nous autour de l’idée d’un art géopoétique.
Mais tout d’abord, la photographie est-elle un art? Gros débat, au sein même du monde de la photographie, et depuis longtemps. Questions, ai-je lu quelque part, dans une très sérieuse revue de photographie, «de délimitation et d’identité». Décidément, la quête de l’identité sévit dans tous les domaines, et, partout, on n’a de cesse de dresser des frontières. Et lorsque la photographie, je cite, «dérive hors de ses frontières traditionnelles», se laisse «charmer par les sirènes du faire artistique», on parle d’«emprunts» et de «compromis», et, horreur suprême, de «métissage des pratiques». Mais, comme c’est là une question qui ne me préoccupe pas beaucoup, je vais laisser ce débat à ceux qui ont envie d’en débattre et parler d’autre chose.
J’aimerais introduire ce petit exposé par ces mots que nous livre Claude Lévi-Strauss dans Tristes tropiques: «Comme Benvenuto Cellini, envers qui j’éprouve plus d’inclination que je n’en ai pour les maîtres du quattrocento, j’aime errer sur la grève délaissée par la marée et suivre aux contours d’une côte abrupte l’itinéraire qu’elle impose, en ramassant des cailloux percés, des coquillages dont l’usure a réformé la géométrie, ou des racines de roseau figurant des chimères, et me faire un musée de tous ces débris: pour un bref instant, il ne le cède en rien à ceux où l’on a assemblé des chefs-d’œuvre; ces derniers proviennent d’ailleurs d’un travail qui – pour avoir son siège dans l’esprit et non au dehors – n’est peut-être pas fondamentalement différent de celui à quoi la nature se complaît.»
Je trouve là les pistes que je veux suivre: la grève, l’œil attentif aux formes naturelles, le rapprochement de la nature et de l’art, la connivence de l’homme avec le monde.

[...] Artefakt, Natur oder Kunst ? Skulptur von Doris und Stephan. [...]
Kunst oder Natur ? « Skizzenbuch
Juni 20, 2009 um 11:45